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 Discussion privée. [Pv Abriel.]

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Moho Ferglissens
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MessageSujet: Discussion privée. [Pv Abriel.]   Dim 2 Déc - 9:52

Je jouissais toujours du bonheur d’être écouté, bien que je ne gardais pas ma béatitude au visage. L’air faussement attentif de certains me faisait sourire. Comme si je n’étais pas passé par là, moi aussi ? Je restais pourtant assis sur mon bureau – parce que je finissais toujours par me lasser d’être debout et que je me sentais vieux, assis sur la chaise qui m’était normalement attribuée. Ils avaient fini par s’habituer à cette manie.
A vrai dire, bien qu’une partie de mon cerveau s'affairait à me faire prononcer les mots du cours, l’autre s’attardait sur un élève, toujours le même. Oui, mon cher Vaughan, j’ai beau t’harceler tous les jours où je te croise du regard, je suis toujours autant fasciné par ton voile de mystères. Oui, différent. Ce n’était un mec « froid » comme les autres. Parfois, il disparaissait, d’un coup, et revenait, aussi soudainement qu’il était parti. J’avais beau être gentil, je n’étais pas disposé à accepter que quelqu’un ayant choisi mon cours n’y assiste qu’une fois sur huit à moins d’avoir des excuses les plus valables.

L'heure touchait à sa fin : devoirs. J’étais plutôt gentil, j’en donnais souvent deux. Seulement, le lendemain, les plus rapides pouvaient gagner des points pour leurs prochains devoirs en faisant la correction au tableau. En fait, j’aimais bien les voir corriger les exercices et lire les notes du cours, en attendant. Même si de temps en temps j’étais dans l’obligation de faire disparaitre des erreurs parfois exorbitantes.
La sonnerie retentit. Ils rangèrent gentiment leurs petites affaires et s’en allèrent ; je l’appelai doucement – car de toute façon je n’étais pas brutal – avant qu’il ne passe le seuil de la porte.
J’avais moi-même déjà rangé mes affaires et je me disais que c’était le bon moment pour avoir une discussion privée. Je fermai la porte derrière lui.

« Si vous le voulez, vous pouvez vous rasseoir, je ne me suis pas vraiment demandé combien de temps cela durerait… » Ton pensif, yeux curieux, je n’avais qu’à me blâmer. « Je ne vais pas vous dire de désagréables choses, alors j’espère que cette discussion plus ou moins privée ne vous dérangera pas. »

Autant le prévenir, ça ne devait pas être franchement rassurant d’être appelé à la fin d’un cours par un professeur. Il fallait que j’aille droit au but d’ailleurs… mais comment faire ? Panique intérieure. Ca pouvait bien ne pas me regarder. Des raisons familiales ? Des problèmes de santé ? Ce serait dit dans son dossier, non ? Pourtant, on ne nous informe de rien. D’où viennent les cicatrices que j’aperçois de temps à autre ? Pratiquerait-il une forme de masochisme ? Serait-il battu par d’autres élèves en secret ? Ou même par ses parents ? Aurait-il fait un accident ? Se serait-il fait kidnappé et… Non, mon imagination allait beaucoup trop loin, là. Mais tout de même…
Il fallait quand même que je me magne sinon il allait peut-être me haïr à vie pour lui avoir fait rater sa pause ? Qui sait, peut-être que ses amis n’ont tout simplement pas choisi l’option « littérature » et qu’ils ne sont jamais ensemble et qu’ils ne se voient que pendant ces fameuses pauses ! Au secours ! Je suis un monstre ! Mon cerveau devait fonctionner trop rapidement, d’ailleurs. Peut-être y avait-il aussi une petite partie confidentielle dans le fond. Je ne devais pas creuser trop loin. Mais pourtant… c’était si tentant ! Je ne devais pas essayer. Je le traumatiserais ! Ou pas !
Il avait l’air fort, ça devait être un « brave et grand garçon », non ?

Une petite case s’illumina dans un coin de mon cerveau. Il fallait être subtil – bien que ma vision du mot « subtilité » laissait à désirer. Je partis fouiller dans mes dossiers pour trouver un devoir que j’avais oublié de lui rendre alors qu’il était absent. Bonne note, même excellente. Pour compenser son absence, peut-être ? A moins que je n’aie noté vraiment trop gentiment. Ou que j’aie eu, l’espace d’un instant, la tête dans les nuages.
Je lui tendis la feuille, le sourire aux lèvres. N’empêche, voir ce genre de choses, c’était agréable pour ma santé mentale. Les avalanches de fautes auraient pu me donner le tournis, mais venant d’une aussi prestigieuse et grande école que Black Velvet, il fallait tout de même avoir un certain niveau.

« Mais c’est bien dommage, ce n’est pas en rapport avec ta note que je vous convoque, Vaughan. Et je suis vraiment attristé de devoir vous empêcher de passer la pause en compagnie d’autres élèves… » Ma politesse n’avait pas encore déteint. Je me rasseyais sur mon bureau avant de continuer : « A vrai dire, cela concerne vos absences répétées. »

Je l’avais dit ! Fierté infinie de soi, vantardise intérieure. J’étais heureux. Seulement, il fallait que je continue, tâche plus ardue encore. J’allais devoir tâtonner pour ne pas aller trop loin et si je touchais un point sensible… mon plan aurait échoué.

« Non pas que j’attende la pire des excuses possibles, mais j’avoue être doté d’une imagination du cliché surpuissante qui me forcerait à m’attendre aux plus horribles circonstances et… » Je poussais un soupir avant de lui sourire, gêné. « Je suis désolé, j’imagine que je ne suis pas censé m’inquiéter pour mes élèves mais je dois vous avouer que votre cas ne m’indiffère et que votre attitude distante envers les autres élèves me surprend… » Mince. Cela ne signifiait-il pas ouvertement que je l’espionnais ? Il pourrait se méprendre ou encore penser que j’étais… un stalker… « Non pas que je ne vous espionne ou quoi que ce soit ! Juste que… », m’écriai-je donc, honteux de ma phrase précédente.

Ca y est, il allait définitivement avoir une très mauvaise image du pauvre professeur de littérature que j’étais, trop curieux et jeune pour enseigner. Il allait peut-être me critiquer en secret, aussi : alors que je me pencherais sur l'analyse d'une tournure de phrase, il enverrait des petits messages aux autres pour leur dire « attention, ce petit prof’ prétentieux veut en réalité tous nous surveiller comme des rats de laboratoire », et ils auraient été victime d’un lavage de cerveau grâce à des composants chimiques illicites et le croiraient réellement et c’en serait fini de ma présumée brillante carrière ! Il fallait que je lui retire cette image de moi avant que ça ne soit trop tard ! J’étais mort, niet, il ne resterait plus rien de moi à partir de maintenant, j’étais considérable comme enterré si cela s‘ébruitait !

« Bref, c’était juste pour savoir ce qui n’allait pas… enfin, si quelque chose ne va vraiment pas… »

Oui, je n’avais réellement plus qu’à aller me pendre ailleurs. Je me trouvais moi-même effrayant. Qu'est-ce qui m'avait pris de le convoquer pour lui sortir des phrases pareilles ? Donnez-moi une corde, par pitié.
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Abriel B. Vaughan
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MessageSujet: Re: Discussion privée. [Pv Abriel.]   Lun 3 Déc - 11:13

Il avait fait une erreur, il fallait bien qu’il l’admette. Donner le numéro de téléphone de la résidence à sa mère n’était pas une bonne idée. Ça partait pourtant d’une bonne intention. Dans les dernières semaines, les angoisses de cette pauvre femme avaient augmenté. Trois semaines plus tôt, lorsqu’il était allé à la maison pour le weekend, il avait trouvé la porte barricadée, les fenêtres placardées. Elle refusait de lui ouvrir parce que, disait-elle, elle ne pouvait pas avoir confiance en qui que ce soit. Il avait finalement réussi à la convaincre qu’il était bien son fils et que, même s’il l’avait « abandonnée » pendant quelques jours, il ne lui voulait que du bien. Il avait trouvé la maison dans un état lamentable. Tout était sale, le peu de nourriture que contenait le réfrigérateur était d’une couleur douteuse. De plus, elle n’avait reçu aucun client, donc aucun argent, donc elle était probablement en manque. Ça ne pouvait en rien aider sa paranoïa. Après avoir tout nettoyé de fond en comble, Abriel avait dû promettre à sa mère qu’à partir de ce moment, il serait toujours accessible, même s’il devait passer la semaine au lycée.

Du coup, depuis trois semaines, depuis qu’il était joignable, Roxie Vaughan appelait à la résidence au moins deux fois par jour, et pas toujours à des heures convenables. Les colocataires d’Abriel se faisaient parfois réveiller en pleine nuit par la sonnerie et, lorsqu’ils répondaient, se trouvaient confrontés à une voix criarde et geignarde qui leur donnait plus envie de raccrocher qu’autre chose. Les premiers jours ça allait. Elle téléphonait pour être rassurée à divers sujets. Elle avait des doutes à propos de ce que le facteur déposait dans la boîte aux lettres, elle soupçonnait les passants d’essayer de voir à l’intérieur, et Abriel tentait, souvent vainement, de lui faire comprendre que personne n’avait de raison de venir porter des colis piégés à sa porte, et que pour les passants … eh bien il n’y avait rien à voler dans la maison. Puis ce dont il avait oublié de se méfier arriva.

« Abriel, faut qu’tu sois à la maison à trois heures aujourd’hui. T’as un client. »

Et il avait beau avoir tenté de lui expliquer qu’il était à deux heures de bus de la maison, qu’il avait des cours et que les élèves ne pouvaient pas sortir de l’enceinte sur les heures de cours … elle n’avait rien voulu entendre. Il avait fallu qu’il se débrouille pour faire le mur et prendre le bus jusque chez lui pour recevoir le client. Et bien évidemment, si ça avait fonctionné une fois, ça fonctionnerait encore. Roxie prit donc pour acquis que l’agenda de son fils lui appartenait, comme avant qu’il soit admis dans cette maudite école, et recommença à planifier des rendez-vous pour renflouer ses finances.

Il en résultait pour l’adolescent un voyagement constant entre l’école et la maison, des nuits écourtées, des muscles fatigués … bien sûr, un peu plus d’argent. Et qui dit moyens dit consommation. L’adolescent était retombé dans ses vieilles habitudes maintenant qu’il pouvait se le permettre. Il ne se couchait jamais sobre, pour que le sommeil vienne facilement, mais le réveil était dur, et la descente lente et douloureuse. S’il allait à ses cours, c’était souvent avec l’aide de quelque motivation chimique. Il était revêche, ne remettait presque plus aucun travail, avait omis de se présenter à deux examens, et il avait annulé à la dernière minute ses trois dernières rencontres avec Délia. Il évitait d’ailleurs religieusement de tomber sur Victoria Gomez et était devenu un fantôme dans son cours.

C’était ça que ce professeur voulait entendre ? Abriel en doutait. Comme n’importe quel prof, ce qu’il voulait, c’était sûrement une excuse pourrie à laquelle il ne croirait qu’à demi mais qui le satisferait. Du moins pour un temps. L’adolescent, lui, n’avait qu’une envie : retourner se coucher, avaler une poignée d’aspirines pour éloigner la migraine qui lui comprimait la tête et retourner se coucher. Il jeta un œil à la feuille que le professeur lui avait mis sous le nez. Il ne se rappelait même pas d’avoir rendu ce papier, ni de l’avoir fait. Il devait avoir été dans un état second : ça pourrait expliquer les fautes. Il n’avait même pas la moindre idée de ce qu’il racontait dans ce travail.

« … »

À quoi devait-il répondre, au fait ? Tout ce babillage, ce bourdonnement de paroles qu’il avait essayé d’assourdir, qui tambourinait à ses oreilles. Tout ça pour en venir à une toute petite question sous-entendue : pourquoi êtes-vous un raté, pourquoi n’être pas parfait comme les autres étudiants de ce lycée ?

« J’ai jamais été … » Abriel se tut, pas trop sûr de connaître la fin de sa phrase. C’était peut-être pas le bon début. « J’ai pas vraiment de … » C’était pas ça non plus. L’adolescent étouffa un bâillement. Décidemment, ça n’était pas le bon jour pour la communication. Tout ce qu’il avait envie de dire, c’était d’avouer une bonne fois pour toute qu’il s’en fichait, de ses résultats, qu’il s’en fichait, de l’opinion des profs, qu’il s’en fichait de ce lycée pourrie. Et partir. Retrouver le lit, la chambre sombre. « Insomnie. » finit-il par marmonner. Cela lui semblait enfin une réponse convenable que ses yeux rougis pouvaient corroborer.
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