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 L'Italien déconfit [Pv Vicki Gomez] Terminé

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Raphaël Di Marco
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MessageSujet: L'Italien déconfit [Pv Vicki Gomez] Terminé   Dim 15 Jan - 0:33

L’ennui avec la célébrité résulte dans l’impossibilité de passer incognito dans un endroit donné. Tous les étudiants de l’établissement, ou presque – par exemple le grand maigre flegmatique aux allures rebelles et au comportement douteux, qui s’enferme dans un mutisme impénétrable-, savent où me trouver. Que je sois dans la cour, à la salle d’entraînement, dans le lit d’une jeune damoiselle éprise, ou sous la douche, on me trouve toujours. Et ce petit aspect de ma renommée fissure légèrement ma bonne humeur et mon enthousiasme habituel.

Seulement, aujourd’hui, ce dit aspect revêtit une certaine utilité. Une jeune adolescente craintive s’aventura jusqu’à moi, alors que je pratiquais quelques longueurs dans l’immense piscine intérieure de l’école, et me murmura péniblement son message. D’abord, je fus surpris, puis soupçonneux et enfin amusé. Je dévisageai la jeune fille, et notai qu’elle était très jolie. Son visage féminin était d’une pâleur et d’une beauté sans égale, et ses yeux incertains affichaient une douceur enfantine. Petite et ronde, vêtue d’une petite robe noire aux jupons bouffis, elle ressemblait à une petite poupée de porcelaine fragile. Derrière elle, dans l’encadrement de la porte menant au vestiaire, je distinguai deux autres étudiantes, tout aussi ravissantes, qui m’observaient intensément, la bave coulant sur leur menton. Évidemment, mon plus beau sourire était de mise.

Rapidement, je sortis de l’eau, attrapai une serviette gisant sur un long banc de bois et m’épongeai la peau. Du coin de l’œil, je réalisai que la jeune fille évitait soigneusement de me regarder, les joues cramoisies alors que ses amies, je suppose, ouvraient de grands yeux ébahis. L’une d’entre elles rougit furieusement et rebroussa chemin, par pudeur. Vêtu uniquement d’un maillot de bain, mon corps musculeux et divin à la vue de tous et, plus précisément, de toutes, je ne pouvais qu’attirer les regards affamés de l’assistance.

-C’est très aimable à toi de t’être déplacée jusqu’ici pour me transmettre cette convocation, je m’y rends de ce pas, une fois que ma douce sera prise.

-Si j’étais toi… je me ne réjouirais pas aussi vite,
lui conseilla-t-elle, bourrue, avant de s’éclipser, entraînant à sa suite la jeune fille aux cheveux roses éclatants qui m’envoyait un clin d’œil complice.

Intrigué, piqué au vif, je me dépêchai à me laver, à me sécher, et à me préparer soigneusement devant la glace. Une fois que mes vêtements coûteux furent lisses, sans aucun pli de travers, que mon col fut nonchalamment et délibérément ouvert, que mes manches furent retroussées et mes mains enfouies dans les poches de mon pantalon, je me dirigeai lentement, mais d’un pas assuré, vers la classe de philosophie, là où la femme la plus somptueuse et distinguée m’attendait. Que me voulait-elle? Depuis mon entrée au Black Velvet, elle n’avait jamais été mon professeur de philosophie jusqu’à cette année. D’abord, les premiers commentaires qui me parvinrent étaient tous aussi terrifiants les uns que les autres et, par conséquent, captèrent mon intérêt. Je dus croiser Victoria Gomez en de rares occasions, mais jamais sa longue silhouette mince et séduisante avait passé inaperçue. Son image seule accompagnait tous les étudiants solitaires dans leur chambre sombre et froide, et les mouchoirs recueillaient des semences qui lui étaient sacrifiées.

Lorsque j’atteignis la dite salle, je cognai à la porte et une voix forte, claire et impérieuse m’invita à entrer. Curieusement, et étonnamment, mon cœur palpitait à un rythme irrégulier, que je ne lui connaissais pas. Une certaine moiteur couvrait mes mains, et je dus les essayer sur mon pantalon pour les sécher. L’anxiété se transforma en curiosité aiguë, et je franchis la porte, la refermant derrière moi.

Seule, assisse à son bureau, sur une chaise banale comme s’il s’agissait du trône d’un ennemi vaincu, Victoria Gomez était penchée sur une copie, le crayon à sa main droite frappait à coups réguliers la surface de bois verni du meuble. La couleur écarlate de sa belle chevelure ondulée reflétait la lumière de la pièce, une douce odeur suave emplissait l’endroit, envoûtant et attisant mes sens. Lentement, son échine se redressa, me révélant son port altier et sa poitrine généreuse, mise en valeur par un tailleur moulant. Malgré la beauté de son visage, et l’esthétique de son corps gracieux et parfait, le regard de cette Mme Gomez réfléchissait une froideur et une dureté robotiques. Ses mouvements, bien qu’élégants, manquaient d’humanité, comme si toute la chaleur de cette chair torride s’était naguère évaporée. Et son visage exprimait un mécontentement, et une visible contrariété à laquelle je ne suis guère accoutumé.

-Vous m’avez demandé, professeur?
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Victoria Gomez
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MessageSujet: Re: L'Italien déconfit [Pv Vicki Gomez] Terminé   Jeu 19 Jan - 6:16

La journée avait pourtant si bien commencé … Mercredi, aucun cours à donner. Hier, c’était la même chose. Elle avait profité de ce temps pour corriger les dissertations qu’elle avait données à rédiger à son groupe de quatrième année. La plupart des élèves avaient de bonnes idées, mais énormément de difficulté à le faire dans un anglais correct. Pour certains c’était tout simplement l’orthographe d’usage, et on sentait leur désir de faire de belles phrases. Pour d’autres, c’était une syntaxe absolument incompréhensible, peu importe le sens dans lequel on tournait la copie. Et pour d’autres encore, c’était les deux. Elle avait passé des heures sur les rédactions de ce groupe, et ce depuis hier. Elle décida de se changer les idées un peu. À force de lire toujours sur le même sujet, on finit par oublier ce qu’on corrige. Elle se rendit à la salle des professeurs pour s’y chercher du café. Victoria Gomez, contrairement à la plupart des enseignants, préférait travailler dans sa classe chaque fois qu’il ne s’y donnait pas un autre cours de philosophie. Ça n’était pas par snobisme, mais seulement qu’elle avait beaucoup de mal à se concentrer quand une foule de personnes circulait autour. La salle des profs étant une salle commune, c’était à la fois un lieu de travail et un lieu pour discuter. Essayez de corriger des rédactions de philo sur la place du couple dans la société moderne quand deux-trois-quatre-dix collègues sont au bureau d’à côté pour s’échanger des commentaires sur leur dernière fin de semaine. Victoria en était incapable. Certains de ses collègues, donc, la considéraient comme une snobinarde qui se trouvait trop bien pour eux, alors qu’elle allait volontiers prendre ses repas en leur compagnie pour échanger à propos des élèves, des plans de cours, etc. C’était justement ce genre de pause qu’il lui fallait présentement. Le temps de faire son café et de revenir se mettre au boulot. Elle verrouilla son local et alla rejoindre ses collègues.

À cette heure, le local était quasi désert. La plupart des enseignants devaient être en cours, ceux qui ne l’étaient pas pouvaient être n’importe où ailleurs. Elle salua tout de même quelques personnes, dont le doyen du département de philosophie, et se dirigea vers la cafetière italienne, qu’elle mit en marche sur le feu. Elle ouvrit le placard pour y prendre ces petites biscotes sèches et sucrées qui se trempaient si bien dans le café. Elle les achetait pour tout le monde, mais à la vitesse où la quantité descendait … on pouvait croire facilement que ses collègues avaient peur de lui en prendre. Elle prit sa tasse dans l’armoire, un mug massif, simple et blanc, à l’intérieur noir. Elle alla demander à une collègue si elle avait eu des nouvelles de Reva Burch, une de leurs étudiantes communes qui avait eu un accident. Elle apprit que la convalescence de celle-ci avait été prolongée pour encore deux semaines. Ses professeurs devraient donc chacun trouver un moment pour lui faire reprendre ses évaluations. Elle hocha la tête et retourna à son café, qui l’appelait en bouillonnant.

De retour à sa classe, elle corrigea encore quelques copies de ses quatrième années. Elle fut prise de cours par une copie qui la força à s’arrêter plus longtemps que les autres. La rédaction, en soit, était une perfection. Elle n’y dénicha qu’une petite erreur d’orthographe qu’elle devina être une simple faute de frappe. L’argumentation était, en soi, parfaitement élaborée. Le tronc central était solide et l’auteur de la rédaction reprenait souvent son point de départ pour en frapper le lecteur. Et pour en être frappée … Victoria l’était. Plus elle avait avancé dans la lecture de ce texte, plus le rouge lui était monté aux joues. Sans même regarder le nom, elle était prête à parier 100$ sur l’identité de l’auteur. Elle retourna la copie et soupira d’agacement. Elle avait vu juste … Excédée, elle sortit dans le couloir et interpella une élève.

« Vous sauriez où trouver Raphaël di Marco à cette heure ? Bien. Envoyez-le moi, je vous prie. »

La prière sonnait plutôt comme un ordre. En deux temps, la fille avait disparu dans le couloir et Victoria avait refermé la porte de sa classe. Elle relut la copie plusieurs fois, la mâchoire crispée, jusqu’à ce que des coups soient frappés à la porte. D’une voix sèche, elle dit à l’élève d’entrer. Lorsqu’il la salua, elle lui dit sans le regarder de se prendre une chaise et de s’asseoir devant. Elle avait barbouillé la copie de rouge, faisant des flèches un peu partout, des commentaires dans les marges et entre les lignes comme « aberrant », « grossier », « mais de quel siècle sortez-vous cette idée ? », etc. L’élève ne pouvait donc voir que ces feuilles, couvertes d’encre rouge. Victoria prit une grande respiration pour se recentrer et leva les yeux vers l’étudiant. Bellâtre italien qui se croyait tout permis et qui émettait des idées sexistes et s’auto complimentait sans cesse depuis le début de cette année. .

« Monsieur di Marco, vous possédez un don effrayant pour maitriser les sophismes et la rhétorique. Proposer une argumentation pareille à un non initié, et il croirait que vos paroles sont avérées. Heureusement que cette rédaction n’est pas passée entre les mains de n’importe qui. »

D’un autre point de vue, pour Raphaël, il aurait peut-être mieux valu qu’elle tombe entre d’autres mains.

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Raphaël Di Marco
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MessageSujet: Re: L'Italien déconfit [Pv Vicki Gomez] Terminé   Mer 11 Avr - 23:11

« Monsieur di Marco, vous possédez un don effrayant pour maitriser les sophismes et la rhétorique. Proposer une argumentation pareille à un non initié, et il croirait que vos paroles sont avérées. Heureusement que cette rédaction n’est pas passée entre les mains de n’importe qui. »

La rédaction en question, malmenée par la main experte de madame Gomez, se teintait d’une agréable couleur écarlate sur toute sa longueur, froissée à certains endroits sous l’effet d’une vive émotion frémissante. Mes charmants sourcils se froncèrent de curiosité et, j’ose l’avouer, d’incrédulité. Au terme de ma composition, une certaine fierté m’avait envahi. Comprenez-le, mes talents incommensurables me satisfaisaient grandement une fois de plus, mes exploits académiques étant aussi grandioses et mémorables que mes prouesses sexuelles. Au terme de ma composition, disais-je, je ne pouvais qu’anticiper la réaction de ma charmante professeure frigide, glaciale et imperturbable. Et je dois avouer que l’attente fut particulièrement pénible.

-Heureusement, vous le dites. Ce travail vous était dédié, en vérité. Il m’aurait déplu d’en discuter avec une autre personne.

Ignorant la chaise immobile devant son bureau, je demeurai debout, une main enfoncée dans l’une des poches de mon pantalon, l’autre repoussant lentement quelques mèches rebelles obstruant méchamment ma si jolie vue. Le regard enflammé que madame Gomez m’octroya se heurta à mon magnifique sourire enjôleur et, inutile de l’omettre, à mon air franchement séducteur (que voulez-vous, je n’y peux rien. Je suis né avec un visage divin).


-Quel passage déplorez-vous ou… condamnez-vous?


Mes pieds s’ébranlèrent enfin, non vers la chaise susmentionnée, mais vers le bureau de la frustrée Gomez. L’émotion lui colorait joliment les joues et ses yeux furibonds se teintaient de menace redoutable. Quant aux miens, ils glissèrent nonchalamment sur son visage d’ivoire, s’attardant sur sa délicate petite gorge puis sur la généreuse poitrine solidement cloîtrée sous son chemisier moulant. Mes lèvres s’étirèrent d’elles-mêmes, comme celles d’une femme gourmande et insatiable devant mon vit spectaculaire (par exemple).

-Puis-je?


Sans attendre sa réponse, je lui pris rapidement ma rédaction des mains, dévisageant, incertain, les notes rouges dans les marges. Puis, je m’installai confortablement, appuyé contre le bureau.

-Serait-ce ma proposition de recourir à une société polygamique afin de contrer tous les maux humains qui vous a bouleversée? En effet, permettre à son conjoint, comme à sa conjointe, de parfaire ses expériences sexuelles et charnelles favorise une meilleure connaissance de soi-même et de l’autre. Et puis, qu’est-ce que la monogamie? Quelle est son origine malsaine? La religion, sans aucun doute, et ces hommes ingrats qui ont jugé bon d’assujettir la femme à son seul rôle procréateur. En fait, la monogamie relève d’une volonté de contrôler l’organe génital de l’autre. Si vous aimez sincèrement une personne et que celle-ci vous accorde le droit, ou le privilège, de poursuivre certaines aventures enrichissantes, ne serait-ce pas là la meilleure preuve d’amour?

Je me penchai vers elle, m’appuyant d’une main sur la surface du bureau.

-En outre, la polygamie réglerait certains problèmes conjugaux tels que la jalousie inutile et l’absence récurrente de désir. Si votre partenaire couche ici et là, alors vous serez plus enclin ou encline à le ou la satisfaire afin de le ou la garder près de vous.

Je haussai les épaules. Tenir ce genre de propos devant ces femmes coincées éveillait chez elle une certaine irritation stimulante, et chez moi une excitation palpitante.

-Ou serait-ce plus précisément ma théorie sur l’inutilité du couple? Un couple, ne se le cachons pas, est destiné à éclater. C’est la fatalité. Afin d’éviter une telle rupture désagréable, souvent douloureuse, demeurons plus libre, évitons les relations sérieuses ou compliquées. N’êtes-vous pas d’accord?

Je déposai soigneusement mon travail sur le bureau. À mes yeux, ses réalités fictives m’apparaissent comme les seuls moyens de préserver farouchement notre indépendance. Au fil du temps, les femmes finissent toujours par nous castrer, nous les hommes, à s’imposer entre nous et notre virilité. Certes, les hommes agissent souvent comme des imbéciles, de parfaits idiots. Loin de moi l’idée de m’inclure parmi ses personnages désolants. Après tout, je suis bel et bien un Italien. Aussi ai-je droit à ma propre catégorie.

-Mais puisque vous avez vous-même des enfants, je suppose que vous n’avez pas tenu compte de ces théories sensiblement plus brillantes qu’un mariage battant de l’aile.
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Victoria Gomez
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MessageSujet: Re: L'Italien déconfit [Pv Vicki Gomez] Terminé   Mar 1 Mai - 10:26

Évidemment, il fallait qu’il fasse à sa tête, comme à son habitude. À « prenez une chaise », il répondait en se tenant debout, bien droit, nonchalant. Simple esprit de contradiction. Pour une raison obscure, cet étudiant prenait un malin plaisir à la contredire sur tous les points possibles et imaginables, même sur une instruction aussi basique qu’une invitation à s’asseoir. Pour qu’il le fasse, il aurait sans doute fallu qu’elle lui propose de rester debout. Elle essaya de ne pas trop s’agacer de cette broutille. Elle s’agacerait bien assez au cours de cette discussion : elle pouvait le pressentir. Elle avait l’habitude de ces confrontations avec le jeune di Marco.

Celui-ci, d’ailleurs, semblait toujours s’en amuser. Il prenait son temps, mesurait ses effets, un peu comme un acteur au théâtre. Victoria le regarda calmement alors que lui, toujours posé, trouvait le moyen de continuer à jouer au Casanova même dans le geste banal de ramasser sa copie et de s’appuyer pour la lire. Pendant qu’il avait le nez dans les mots qu’il avait lui-même écrit, l’enseignante leva les yeux au ciel, exaspérée. Voyant l’élève froncer les sourcils, elle sentait venir la réplique. Elle avait soufflé et ragé en lisant ces mots, maintenant, elle allait les entendre, se reprendre la même argumentation mais sûrement plus poussée. Et elle devrait se contenir pour ne pas secouer ce jeune homme pour lui remettre les idées en place. Malheureusement … ça ne faisait pas partie de sa description de tâche.

Et ça commençait. Exactement comme elle s’y était attendu. Les mêmes thèmes, les mêmes idées. Ce qu’elle avait vu sur papier et espérait n’être qu’un texte sans fondement se transportait maintenant dans la bouche de l’étudiant. C’était de la provocation, elle le savait. Elle était capable de résister à de la provocation pure et simple. Ce qui la dérangeait dans le discours de son élève, c’était qu’elle savait, sentait, devinait que derrière le désir constant de la provoquer personnellement, elle, il y avait de vraies idées, de vraies convictions. Et c’était ce qui parvenait à la faire sortir de ses gonds. Elle n’avait aucun mal à croire que Raphaël di Marco, jeune homme plein de l’argent de ses parents, plein de son ego, de son orgueil, de sa réussite auprès des filles … elle n’avait aucun mal à croire que CE garçon puisse avoir des idées aussi choquantes sur l’union entre deux êtres. Union qui, pour elle-même, était une chose sacrée.

« Mais puisque vous avez vous-même des enfants, je suppose que vous n’avez pas tenu compte de ces théories sensiblement plus brillantes qu’un mariage battant de l’aile. »

Victoria se froissa, et essaya de n’en rien montrer au premier abord. Mais ses bras croisés sous sa poitrine et le resserrement soudain de ses lèvres la trahirent. S’agissait-il d’une pointe destinée spécialement à elle ? Un mariage battant de l’aile ? Non. Impossible. Si en effet son mariage éprouvait depuis longtemps des difficultés, elle n’en faisait toutefois jamais mention, n’en parlait à personne, même avec les collègues avec lesquels elle se prenait à discuter chaleureusement et pouvait presque qualifier d’amis. Pourquoi est-ce qu’un étudiant – cet étudiant – saurait une chose pareille ? Ridicule.

« Vous semblez croire que des enfants peuvent rendre une femme aveugle. Détrompez-vous, di Marco. Je sais pertinemment que beaucoup de mariages échouent, et c’est parce que ceux-ci sont célébrés sans considération, trop rapidement, sans réflexion. On ne s’engage pas comme ça, sur un coup de tête, à aimer une seule et même personne pour le reste de sa vie. »

Elle se forçait à demeurer calme, pour ne pas perdre la face devant ce jeune homme, comme elle l’avait déjà fait en classe. Céder à la provocation avec un élève, surtout devant d’autres élèves, ne menait jamais à rien de bon.

« Les arguments que vous amenez sont ceux d’un célibataire, d’un coureur de jupons. C’est une vie que l’on peut choisir, certes, mais une vie qui devient extrêmement difficile le jour où on se réveille, vieux et impotent, et seul, sans une bonne âme aimante pour surmonter les épreuves à deux. »


Elle lui lança un regard insistant, comme pour lui faire comprendre que ça pourrait lui arriver. Il ne serait pas un Don Juan toute sa vie. Un jour, il ne pourrait plus user de son charme pour tirer des avantages de tout le monde, se tirer de tous les mauvais pas. Un jour, comme tout le monde, il serait plissé, blanchi et terni par les années. En ne se montrant pas clémente avec lui, Victoria ne cherchait pas seulement à le corriger : elle voulait surtout lui apprendre que de beaux yeux et un beau sourire ne peuvent pas vous attirer l’amour de tout le monde.

« Dites tout ce que vous voudrez contre le mariage et la fidélité, di Marco. Mais vous devez garder en tête qu’un jour, sans doute, vous tomberez amoureux d’une femme qui a à cœur ces principes, et que pour vous permettre de l’aimer, il faudra renoncer à toutes les autres distractions sur le bord de la route. Et plus vous attendez pour le réaliser, plus ce sera pénible de renoncer à votre train de vie. »

Oui bon … sa description de tâche n’incluait pas non plus les jugements de valeurs. Mais ça n’était pas une valeur personnelle : le mariage, l’amour, la fidélité … c’étaient des valeurs de société, partagée et valorisée par un ensemble. Raphaël di Marco faisait partie de cet ensemble. Il s’en apercevrait un jour, et le plus tôt serait le mieux, parce que la descente risquait d’être difficile.

« Ce qui me dérange le plus dans vos rédactions, et je ne fais pas référence à celle-ci seulement mais à toutes les autres, c’est que vous semblez percevoir la femme comme un objet et mépriser le statut qu’elle a difficilement acquis au cours des dernières décennies. »


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Raphaël Di Marco
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MessageSujet: Re: L'Italien déconfit [Pv Vicki Gomez] Terminé   Mer 2 Mai - 11:03

-Dites tout ce que vous voudrez contre le mariage et la fidélité, di Marco. Mais vous devez garder en tête qu’un jour, sans doute, vous tomberez amoureux d’une femme qui a à cœur ces principes, et que pour vous permettre de l’aimer, il faudra renoncer à toutes les autres distractions sur le bord de la route. Et plus vous attendez pour le réaliser, plus ce sera pénible de renoncer à votre train de vie.

Mes yeux demeurèrent irrémédiablement fixés sur les lèvres de Mme Gomez, mais ses mots me pénétrèrent à peine, planant au-dessus de ma tête avec ténacité. L’amour. La tendresse. La fidélité. Ce ne sont que des fantasmes que les femmes chérissent toute leur vie, les appliquent à la réalité.

-Qu’est-ce que la fidélité, vraiment? Si un homme ou une femme croise un détour d’un couloir, d’une rue, un certain partenaire séduisant qui alimentera leur esprit de scènes et de sensations lubriques. Sont-ils toujours fidèles envers leur compagnon ou compagne?

Les femmes se leurrent avec des conceptions typiquement religieuses. Celles-là même qui revendiquent leurs droits et liberté, leur autonomie, etc. Pourtant, la fidélité, historiquement parlant, était recherchée pour assurer la légitimité de la progéniture en plus de maintenir une emprise sur la femme. Je ne vois pas pourquoi la gente féminine, maintenant, réclame ouvertement, inlassablement, la fidélité. La vie est bien trop courte pour que l’on se limite à des relations fermées, routinières, ennuyantes. Oh, des hommes soumis se dévouent corps et âme à ces terribles créatures, à ces succubes, et je les plains.

-Ce qui me dérange le plus dans vos rédactions, et je ne fais pas référence à celle-ci seulement mais à toutes les autres, c’est que vous semblez percevoir la femme comme un objet et mépriser le statut qu’elle a difficilement acquis au cours des dernières décennies.

Je haussai les épaules de manière évasive et me détachai du bureau pour appuyer mes paumes sur sa surface dure et froide. Ainsi, je m’inclinai vers mon professeur qui amorça lentement un mouvement de recul.

-Ce que vous oubliez de préciser, Mme Gomez, c’est que plusieurs aiment se concevoir ainsi. Oh, ne rouspétez pas. Vous savez pertinemment que j’ai raison. Toutes ces jeunes filles maquillées, accoutrées de façon à assujettir tous ces pauvres hommes démunis, ne sont que le reflet de cette image de beauté parfaite et de stupidité intellectuelle. Encore aujourd’hui, l’image que l’on diffuse dans les médias se borne à une conception idéologique de la femme, à laquelle certaines réussissent à s’esquiver, où celle-ci se doit de se soigner, de se taire et de plaire.

D’aucuns trouveront satisfaction dans ce genre de modèle féminin, d’autres en seront curieusement ennuyés. Mes pensées devinrent un brouhaha indistinct alors que je m’appliquai à détailler les traits de Victoria Gomez. Je ne saurai affirmer si son caractère revêche est une bénédiction ou une malédiction pour l’humanité, mais je le trouvai intéressant. Son visage opalin ne portait les cicatrices ni de la vieillesse, ni de l’existence rude. Seulement, des pattes d’oie tâchaient de plisser la pointe de ses yeux magnifiques. Ceux-ci, farouches et saisissants, exprimaient une colère manifeste, mais également une étrange lueur que je ne pourrai nommer.

-Mes propos semblent souvent misogynes, j’en conviens. Les jeunes femmes tentent à négliger leur statut, à oublier les luttes acharnées menées par leurs parents.

Je me redressai finalement, jugeant la proximité avec mon professeur légèrement tentante et arpentai la salle, me postant devant l’une des grandes fenêtres et observant les étudiants se balader dans l’enceinte de l’école. La lumière du soleil jouait dans ma chevelure et réchauffait mes traits délicats.

-Vous n’avez pas grande opinion des hommes non plus, Mme Gomez. Vous, vous êtres plutôt une femme misandre. Même si ces hommes s’évertuent à vous démontrer leurs qualités, vous les reléguez au rang de démons débauchés et stupides. Vous n’avez pour eux aucun respect et sans doute en auriez-vous jamais. Il est facile à le deviner à travers vos regards perçants, vos paroles condescendantes, votre attitude méfiante.

Des silhouettes étaient allongées nonchalamment sur l’herbe, profitant de cette belle température. D’autres s’activaient sur les terrains de sport. Lentement, je fis coulisser la fenêtre et disposai mon visage devant la brise fraîche tout en me positionnant de façon à ce que les éclats solaires éblouissent joliment mon anatomie avantageuse. Un coup d’œil détaché en direction de ma tutrice m’indiqua qu’elle n’avait pas bougé. Ses prunelles incandescentes suivaient chacun de mes gestes et ses lèvres frémissaient de mécontentement, comme si elle peinait à retenir de méchants mots. Je lui dédiai un ravissant sourire qui suffit à attiser davantage son agitation.

-Vous me faites la morale, Mme Gomez. C’est pour cette raison que vous m’avez fait quérir? N’avez-vous rien d’autre à me reprocher en dehors de mon comportement soi-disant irrespectueux? Ce que je fais avec les femmes, la manière dont je les traite, cela n’appartient qu’à elles et à moi. Si celles-ci s’engagent en espérant soutirer de moi amour, fidélité et toutes ces illusions puériles, alors elles sont sottes et naïves. Comment une adolescente non-accomplie peut-elle croire me captiver plus d’une nuit?

Un nouveau haussement d’épaules suivit mon discours. Comme je faisais mine de paraître navré, j’attendais patiemment la tempête qui ne tarderait pas à me malmener.
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Victoria Gomez
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MessageSujet: Re: L'Italien déconfit [Pv Vicki Gomez] Terminé   Lun 14 Mai - 10:50

C’était souvent le même scenario qui se répétait lorsque Victoria Gomez et Raphaël di Marco se retrouvaient ensemble à s’aiguillonner mutuellement sur un sujet quelconque. En temps normal, avec n’importe qui d’autre, l’enseignante savait qu’elle aurait déjà cloué le bec à son interlocuteur. Mais cet étudiant était différent : jamais elle n’avait vu quelqu’un récupérer aussi bien, chaque critique pour la tourner à son avantage, chaque hésitation dans le discours de l’autre pour semer un doute plus grand, chaque argument comme un tremplin à un autre argument. Jamais elle n’avait vu quelqu’un argumenter sur un sujet en étant tout à fait dans le tort … et pouvoir quand même l’emportait comme le faisait la plupart du temps ce jeune homme. Il irait sans doute loin. Probablement pas dans la bonne direction, mais il irait loin. Elle arrivait bien à l’imaginer en droit, ou encore en politique. Il ferait, dans tous les cas, un dangereux orateur.

« Ce que vous oubliez de préciser … » Oh oui, elle oubliait de préciser ses propos par un bon coup de pied aux fesses, senti et mérité. Mais ça n’était pas ce que le garçon voulait dire. Évidemment. Et évidemment, la conclusion facile à prévoir qui revenait pratiquement à tous les coups et qu’elle connaissait si bien qu’elle pouvait sans problème mimer le mouvement des lèvres de l’adolescent pendant qu’il prononçait les mots : « N’avez-vous rien d’autre à me reprocher ? » Il y avait aussi des variantes possibles comme : « N’avez-vous rien d’autre à faire de votre temps que de me chercher des poux ? » Que croyait-il … évidemment qu’elle avait autre chose à faire. D’autres copies à corriger, d’autres élèves à voir, des cours à préparer, une famille à gérer pratiquement sans l’aide de son mari alors que son fils la détestait visiblement et sa fille multipliait les ennuis comme le Christ multipliait le pain. Elle soupira, darda sur son élève un regard courroucé et ennuyé pour bien lui faire comprendre qu’elle n’avait aucune envie de jouer à qui est le plus malin avec lui et qui ira creuser le plus loin pour blesser ou humilier son adversaire. Se laisser prendre à ce jeu avec un élève était particulièrement malsain.

« Je suis votre enseignante, monsieur di Marco. Vous savez ce que ça veut dire ? Cela veut dire que vos parents paient pour que, quelques heures par semaine, quelqu’un d’autre qu’eux prenne en charge votre éducation, pas seulement vos apprentissages. Ce qui me donne le droit, et même le devoir, de me soucier de tout ce qui transparait dans les travaux que vous me faites parvenir, dans tous les propos que vous tenez devant moi, qui suis votre tutrice pour quelques heures par semaine. Si les propos que vous tenez m’inquiètent, je me dois de vous rencontrer, de vous confronter, et de vous diriger vers ce qui me semble le mieux pour vous. Si vos autres enseignants ont l’air d’avoir renoncé à vous redresser les idées, eh bien sachez que ça n’est pas mon cas. »

Oui, dans l’idée de Victoria Gomez, il était certain que Raphaël di Marco avait un sérieux problème. Pour elle, une vie comme la sienne ne pouvait pas le rendre heureux. Un jour ou l’autre, il frapperait un mur. Et elle avait beau, par moment, détester au plus haut point l’attitude et les propos de ce garçon, elle ne pouvait s’empêcher de penser que c’était malheureux pour lui, et pas seulement pour les filles à qui il brisait le cœur comme s’il s’agissait d’un passe-temps. Elle soupira.

« Si les adolescentes puériles, comme vous le dîtes, ne vous intéressent pas … pourquoi perdez-vous votre temps avec elles ? C’est cruel pour elles, et ça ne vous apporte rien. Vous avez quoi … 19 ans si je ne me trompe pas. » Si jeune, pensa-t-elle, et pourtant si … « Vous êtes charmant quand vous y mettez du vôtre, vous êtes brillant. Pourquoi ne pas vous diriger vers des femmes, qui savent ce qu’elles veulent et ne veulent pas, et vous apporteront sans doute plus que des jeunes filles qui ne savent pas même encore ce qui est bon pour elles. Vous perdez votre temps, et le leur. »

Et le mien, ne put-elle s’empêcher de penser. Pourquoi fallait-il qu’elle prenne tout aussi à cœur quand il était question de cet étudiant ? Certes, ces propos l’agaçaient, ainsi que son comportement de don juan en plein crise d’hormones. Mais il y avait autre chose, comme si elle avait besoin de le materner, comme si elle le voyait comme un de ses enfants, obstinée qu’elle était à vouloir le voir pousser dans la bonne direction. La plupart de ses élèves lui inspiraient le même désir, surtout ceux dans lesquels elle voyait beaucoup de potentiel. Mais le « cas » di Marco lui prenait énormément de son temps, même quand il ne se trouvait pas devant elle.

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Raphaël Di Marco
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MessageSujet: Re: L'Italien déconfit [Pv Vicki Gomez] Terminé   Mar 5 Juin - 17:43

L’une de mes mains saisit une pièce de monnaie qui se perdait dans l’une des poches de mon pantalon. Lentement, je retirai l’objet et le fit pivoter entre mes doigts, attentif au discours de Mme Gomez, le regard rivé vers cette gorge palpitante de charisme et de sensualité. Pendant un bref instant, je me demandais quel effet cela produirait d’y déposer ses lèvres, d’en humer le parfum avec une faim dévorante, d’y planter ses dents et ses ongles. Nul doute, son mari était bel et bien un homme chanceux, maudit, mais chanceux. C’est avec une attention toute nouvelle que je contemplai ce visage sévère et froid, pourtant fiévreux d’émotions sulfureuses, encadré d’une impressionnante crinière écarlate et soyeuse que l’on aimerait bien maîtriser et tirer. Un homme bien chanceux, en effet. Si je devais un jour me marier, horrible pensée que voici, ma promise ne serait pas moins jolie que cette femme, sinon plus.

-Comme vous êtes mon professeur, et malgré mes commentaires parfois peu délicats, je vous porte beaucoup de respect, Mme Gomez. Vous êtes une femme compétente et réussie, talentueuse et sublime, mais… sincèrement.

Je n’apprécie pas tellement quand un individu, qui qu’il soit, me baragouine des âneries sur des concepts moraux. Cela mérite, car personne ne devrait se donner l’autorisation de juger autrui. Nous avons tous nos travers et nos défauts, une existence unique qui nous revient à nous seuls d’évaluer et de critiquer. Néanmoins, je n’en laissai paraître qu’une légère irritation à travers mes prunelles pénétrantes, pétillantes d’agacement, et mes traits plus austères qu’à l’accoutumée.

-Vous n’êtes pas l’un de mes géniteurs ; votre rôle consiste, ou plutôt se limite à me prodiguer des enseignements utiles qui stimuleront mes capacités critiques et intellectuelles. Si vous désirez jouer au parent, je vous invite à le faire auprès de vos propres enfants. Ils ont sans doute plus besoin de votre présence et de vos efforts que moi.

Je la dévisageai intensément, observant un silence tendu et intrigué, curieux des conséquences que produiront de telles paroles chez cette femme. Ses paupières ont tiqué, et ses lèvres pulpeuses et délicieuses se plissèrent de mécontentement. Un changement abrupt de sujet pouvait probablement me sauver la mise.

-En ce qui concerne ma relation avec les femmes, sachez que je fréquente autant les femmes mûres que les adolescentes. Aucune des deux catégories ne me satisfait pleinement. Celles-là, capricieuses et soucieuses de leur réputation, ne peuvent consentir de succomber à un péché malsain qu’est celui d’entretenir une relation durable avec un jeune homme de ma trempe et de mon âge, toujours indécises et honteuses de leur petit vice, alors que celles-ci se gonflent d’un amour illusoire et me jurent passion et fidélité.

Les deux types de femme ont leur avantage et inconvénient, en réalité. Je me lasse rapidement de ces femmes adultes, parfois mariées ou fiancées, qui aimeraient me greffer une dizaine d’années supplémentaires pour partager un moment de leur vie avec moi, alors que de mon côté je ne suis pas intéressé à leur consacrer plus que quelques nuits divines. Le problème, avec les femmes, peu importe leur âge, c’est la relation sérieuse et durable, la recherche acharnée du prince charmant qu’elles attendent avec impatience. Leur témoigner de l’intérêt précipite le mariage, et celui-ci la castration masculine.

-Je suis à un âge, Mme Gomez, où mes instincts primaires sont exacerbés et où je prends de plus en plus conscience de mon charme et de ma popularité. Ce serait égoïste de ma part de me limiter à une seule créature féminine, alors que tant d’autres soupirent auprès de moi et m’apportent à toutes les fois une expérience enrichissante.

Amusé, je souris et me penchai davantage vers mon professeur. Une pensée saugrenue, quoique séduisante, me traversa l’esprit. Une pensée folle et intrépide, qui m’avait fréquemment taraudé les neurones, mais à laquelle je n’avais jamais donné suite. Et pourtant, aujourd’hui, elle me sembla appétissante et inspirante. Mais cela était peut-être dû au parfum capiteux de Victoria Gomez qui m’emplissait les sens.

-Toutefois, il est vrai que ces femmes mûres étaient âgés de vingt ou trente ans. Peut-être que les femmes frisant la quarantaine ont un vécu et des connaissances, ainsi que des attentes autres et intéressantes. Qu’en dites-vous, Mme Gomez ?
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MessageSujet: Re: L'Italien déconfit [Pv Vicki Gomez] Terminé   Mar 12 Juin - 10:42

Victoria écouta son élève lui rappeler avec froideur qu’elle n’était qu’une enseignante, et n’avait aucun droit de juger de ses habitudes de vie. Aucun droit ? Vraiment ? Ce jeune homme aurait tout intérêt à consulter, une fois dans sa vie, le contrat que les parents signaient en inscrivant leur jeune dans une école. Ça n’était pas inscrit dans ces termes, mais on comprenait que vraiment, envoyer son enfant à l’école consistait à se décharger de sa charge de parent sur des adultes sélectionnés par l’établissement même. Adultes dont Victoria Gomez faisait partie. Elle pinça les lèvres. Avait-elle réellement envie de démarrer un nouveau débat avec le jeune homme ? Oui. Évidemment. Elle allait ouvrir la bouche pour lui clouer le bec, mais il changea brusquement de sujet, lui coupant l’herbe sous le pied. Fronçant un sourcil, elle étudia le visage de l’étudiant et comprit que lui-même voulait éviter de descendre cette pente avec elle et avait habilement détourné la conversation vers … lui et les femmes. Évidemment.

L’enseignante leva les yeux au ciel. Toujours, toujours, toujours. Raphaël di Marco avait cette manie détestable de remettre ses conquêtes sur le tapis dès que l’occasion se présentait, comme pour étaler des trophées devant des yeux admiratifs. Mais chez Victoria, il ne trouverait pas de regard admiratif. Il ne trouverait que cet air mécontent et glacé, fermé. Les bras toujours croisés, elle se forçait à se montrer attentive, par respect professionnel. Même si le discours de Raphaël n’avait rien des confessions habituelles d’un étudiant à un enseignant. Mais surtout elle s’efforçait de demeurer calme. Si Raphaël avait choisi cette direction pour éviter de la mettre en colère, il avait très mal choisi. Très mal. À ce rythme, Victoria aurait du mal à se souvenir du point de départ de cet entretien. Elle baissa les yeux sur la copie striée de rouge de l’étudiant pour se le rappeler. Évidemment. On était passé des relations maritales et de la fidélité meurtrière de la passion à la différence entre coucher avec des filles ou des femmes.

Encore une fois, elle se préparait à répondre quelque chose qui le ferait taire et peut-être – miraculeusement – entendre raison, mais il lui coupa à nouveau l’herbe sous le pied. Pas avec des paroles cette fois, mais avec un geste. Elle vit l’étudiant s’appuyer sur son bureau et se pencher vers elle. Trop près. Elle réprima un mouvement de recul. C’était ce qu’il voulait : lui faire faire un pas en arrière, lui faire abandonner la question.

« Toutefois, il est vrai que ces femmes mûres étaient âgés de vingt ou trente ans. Peut-être que les femmes frisant la quarantaine ont un vécu et des connaissances, ainsi que des attentes autres et intéressantes. Qu’en dites-vous, Mme Gomez ? »

Elle faillit s’étrangler de surprise. L’idée d’une vielle femme, une femme de son âge, avec un jeune homme frais comme Raphaël di Marco la retournait. C’était grotesque, voir dégoûtant. Une femme âgée n’avait pas à courir derrière les hommes … non même pas un homme. Un garçon ! Et l’allusion de l’étudiant était on ne peut plus claire : c’était son âge à elle qu’il pointait du doigt, elle-même. Elle espéra qu’aucune teinte rosée n’était venue colorer son visage. Cette allusion était franchement embarrassante. Et tout à fait inconvenante. Elle prit sur elle de répondre calmement, et d’éloigner l’allusion.

« À dire vrai, je ne pourrais pas me prononcer. Je n’ai jamais été attirée par les femmes âgées. Je ne partage donc pas votre curiosité sur la question. »


Elle se recula un peu dans sa chaise, plutôt satisfaite de la tournure donnée à sa réponse. Ce genre de discussion avec des élèves était dangereux. Répondre imprudemment ou se prendre au jeu pouvait attirer énormément d’ennuis à un professeur. Elle connaissait des collègues qui s’étaient fait piéger ainsi. Des collègues qui, croyant désamorcer une bombe optaient pour la flatterie se retrouvaient pris dans une toile. Des histoires de procès montés de toute pièce avaient terni la réputation d’enseignants très compétents. Et respectables.

« Pourrions-nous revenir à cette dissertation ? Je trouve que nous nous sommes passablement éloignées. »

Et que vous vous êtes trop rapproché … pensa-t-elle. La proximité physique avec un étudiant ne lui plaisait pas. La proximité physique avec qui que ce soit ne lui plaisait pas.

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Raphaël Di Marco
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MessageSujet: Re: L'Italien déconfit [Pv Vicki Gomez] Terminé   Mer 1 Aoû - 11:28

-À dire vrai, je ne pourrais pas me prononcer. Je n’ai jamais été attirée par les femmes âgées. Je ne partage donc pas votre curiosité sur la question.

Cette réponse, prévisible, m’amusa. Le regard fuyant du professeur, cette rougeur sur les joues, ce pincement de lèvres désapprobateur et cette contraction de la mâchoire me divertirent tout autant, sinon plus. Certes, Victoria Gomez avait bien saisi le sous-entendu dans mes paroles, sans bien l’assimiler pourtant. Même si j’avais ciblé une catégorie de femmes, je la pointais elle. Mais Mme Gomez avait détourné la conversation avec habileté, revenant sur la dissertation qui, abandonnée, gisait sur le bureau.

-Je ne vois tellement ce que nous pourrions ajouter à ce sujet, professeur. J’ai, malgré tout, suivi les consignes, rédigé un excellent texte argumentatif sur une thématique morale et éthique, défendu moins point de vue avec brio. Et, ajoutai-je en m’inclinant davantage vers elle, la gratifiant d’un magnifique sourire complice, avons-le, mon travail fut probablement le meilleur de toute cette classe.

Je ne cherchais pas nécessairement à me vanter, mais j’ai conscience de mes mérites et de mes qualités. Nous savons tous les deux que je suis un excellent élève, qu’il lui est impossible de m’inscrire un échec pour mauvaises mœurs et coutumes italiennes. En un sens, je lui suis reconnaissant de prendre son travail tant à cœur, de dilapider son énergie sur mon cas. Mme Gomez, malgré sa froideur et sa réserve, doit être une mère exemplaire, quoique sévère, mais exemplaire tout de même. La mienne ne lui arrive certes pas à la cheville, et parler philosophie ou autre sujet intellectuel avec elle relève de l’impossible. Je connais mal son fils, à cette Gomez, mais sa fille, jeune adolescente étourdie mais attachante, deviendra, avec l’aide de sa mère, une véritable femme accomplie.

-Ne nous le cachons pas non plus, les travaux immoraux vous plaisent malgré vous. Si, ils vous plaisent, répétai-je, me redressant, car vous avez enfin un sujet de débat, une occasion de discuter, ou de vous disputer, avec un élève dont la vision de la société contrevient à la vôtre. Après tout, nous sommes dans un cours bâti pour que les étudiants partagent avec vous leur conception du monde, leur théorie sur l’espèce humaine. Certes, je ne possède pas la science infuse, la toute grande connaissance, et sans doute qu’avec le temps, mes pensées et mes opinions changeront. Je suis jeune, et il me reste quelques décennies devant moi.

De belles années de jeunesse à travers lesquelles je m’épanouirai, me développerai et deviendrai un homme mûr et expérimenté. Pas seulement sur le plan affectif et sexuel, mais professionnel. J’ignore encore ce qui la vie me réserve, les chemins que je choisirai, mais pour l’heure, je profite pleinement de ma liberté, de mon adolescence palpitante, du moment présent. Carpe Diem, que l’on dit. Tout souriant, je me remis sur mes pieds, laissant le soin à Mme Gomez d’enchaîner et de couper court à la conversation. Un coup d’œil en direction de l’horloge, au-dessus de la porte, m’apprit que j’étais dans ce bureau depuis quelque temps déjà. Je haussai les épaules, glissai une main dans ma somptueuse chevelure volontairement dépeignée et patientai.

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Victoria Gomez
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MessageSujet: Re: L'Italien déconfit [Pv Vicki Gomez] Terminé   Ven 3 Aoû - 9:44

Ce qui était le plus embêtant selon Victoria, à propos de Raphaël di Marco, c’est qu’il avait souvent raison. Elle ne pouvait pas lui mettre une mauvaise note parce qu’il avait suivi les consignes, et avait même dépassé les attentes de tout enseignant de philosophie chez un jeune de cet âge. Il méritait un A+, et il l’aurait. La note était déjà inscrite au dossier. Le rouge, sur cette copie, était la réaction spontanée de l’enseignante aux opinions du jeune homme, qu’elle jugeait on ne peut plus controversées et discutables, sur un sujet qui lui tenait très à cœur : la place de la femme dans la société. Sur les copies de di Marco, elle n’encerclait pas de bons passages en annotant « excellente argumentation ». Il le savait déjà, que son argumentation était parfaite. Ce qu’il avait besoin de se faire dire, c’est que sa logique servait la mauvaise cause : et Victoria ne se priverait jamais de ce devoir.

« Ne nous le cachons pas non plus, les travaux immoraux vous plaisent malgré vous. »

Si Victoria avait eu une boisson ou de la nourriture dans la bouche, elle se serait sans doute étouffée avec. Là, elle se contenta de s’étouffer avec sa propre salive, toussant légèrement le temps que le jeune homme termine son discours. Elle fit un signe de la main, pour lui dire de se taire. Doucement, elle se reprit, tendit le cou bien droit, et planta son regard dans celui de son élève.

[color#6b5e87]« Ne vous méprenez pas, di Marco. Évidemment, j’ai choisi ce métier parce que les discussions et les débats, j’en mangerais à tous les repas. Vos travaux sont effectivement un délice pour ma satisfaction d’enseignante et de correctrice : je me dis que j’ai réussi à enfoncer quelque chose dans le crâne de quelqu’un, au moins. Mais le fait est que la part humaine et sociale de moi-même fait des ulcères à poser les yeux sur vos copies. »[/color]

Elle eut un léger pincement de lèvres, se rappelant qu’en corrigeant ces copies, il lui arrive souvent d’émettre des sons de protestation.

« C’est la deuxième année où je vous ai dans mes cours, et c’est la deuxième année où vous vous amusez à me provoquer chaque fois que vous ouvrez la bouche ou vous servez d’un crayon. Vous avez un A, vous êtes content ? Maintenant sortez de ce local : j’ai d’autres copies à corriger, moins épuisantes celles-ci. »


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